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Fabriquer de l’indigo précipité, de la pâte et des pains d’indigo

Nous avons déjà fabriqué de nombreuses fois de l’indigo précipité. Cette méthode consiste à faire déposer le pigment bleu afin de le conserver sous forme d’indigo précipité, de pâte d’indigo ou de pain d’indigo séché.

Chez Hitotsuya, le procédé est devenu assez régulier, mais nous continuons à modifier les conditions et à consigner les résultats pour obtenir un bleu plus profond et plus stable.

Cet article présente notre méthode de base avec l’indigotier du Japon, de la récolte au stockage. Température, eau, état des plantes et quantité modifient le résultat ; les durées et dosages indiqués sont donc des repères de travail.

Qu’est-ce que l’indigo précipité ?

Les feuilles fraîches sont trempées dans l’eau pour libérer les composés à partir desquels le pigment bleu se forme. On ajoute ensuite de la chaux éteinte, on rend le liquide alcalin et on incorpore de l’air par agitation afin que le pigment bleu devienne insoluble et se dépose.

Cette méthode est surtout connue pour les indigotiers tropicaux, mais elle peut aussi être appliquée à l’indigotier du Japon.

Les feuilles ne contiennent pas directement un pigment bleu prêt à l’emploi. Elles renferment de l’indican, précurseur incolore. Lorsque les tissus se dégradent dans l’eau, des enzymes et d’autres phénomènes produisent de l’indoxyle, ensuite oxydé par l’air pour former un pigment principalement composé d’indigo.

Nous employons ici le terme traditionnel de « fermentation » pour la phase de trempage.

Une communication en japonais de la Japan Society of Home Economics, Étude de la formation d’indigo précipité à partir de l’indigotier du Japon et de ses conditions de teinture, examine aussi la durée du trempage, l’ajout de chaux, le pH et l’agitation.

À environ 30°C, des trempages de 48, 72 et 96 heures ont été comparés. Le rendement augmentait à 72 heures par rapport à 48 heures, mais peu ensuite, tandis que la dégradation des feuilles compliquait le travail à 96 heures. Ces résultats dépendent des conditions de l’essai.

▼ Voir la fabrication de l’indigo précipité en vidéo

L’ensemble du procédé est également présenté dans la vidéo YouTube de Hitotsuya Fabriquer de l’indigo précipité.

1. Récolter l’indigotier du Japon

Nous utilisons l’indigotier cultivé à la ferme tinctoriale de Hitotsuya. La première récolte, effectuée au début de juillet après la période traditionnelle de Hangesho, est privilégiée lorsque les plantes portent beaucoup de feuilles et ne sont pas encore en fleurs.

Le semis, la pépinière et la récolte sont présentés dans notre article en japonais Cultiver l’indigotier du Japon.

Il est possible de tremper tiges et feuilles ensemble, mais Hitotsuya retire les feuilles et les utilise seules. Ce travail supplémentaire concentre le procédé sur la partie riche en composés utiles au pigment.

2. Tremper et faire fermenter les feuilles

Placer les feuilles sans les tasser dans un grand seau muni d’un couvercle. Ajouter assez d’eau pour les couvrir et maintenir les feuilles sous la surface avec un couvercle intérieur. Laisser deux à trois jours dehors sans fermer hermétiquement le récipient.

La durée dépend fortement de la température de l’air et de l’eau, de la quantité et de l’état des feuilles. Sous le soleil d’été, l’état suivant a été atteint après environ 48 heures.

▼ Feuilles après environ 48 heures sous la chaleur estivale

Feuilles d’indigotier du Japon après environ 48 heures dans l’eau

Après environ 60 heures, les feuilles étaient brunes, des bulles et un voile violacé apparaissaient en surface et le liquide devenait légèrement visqueux. Hitotsuya utilise cet état comme repère pratique de fin de fermentation.

Un trempage plus long n’est pas toujours préférable. Lorsque la dégradation avance trop, le rendement augmente peu et les feuilles deviennent plus difficiles à filtrer.

Une forte odeur de décomposition s’ajoute alors à l’odeur caractéristique de l’indigo. Travaillez dehors ou dans un lieu très bien ventilé.

▼ Liquide de fermentation après environ 60 heures

Liquide de fermentation après environ 60 heures, avec feuilles brunes et voile violacé

3. Filtrer les feuilles et ajouter la chaux éteinte

Filtrer soigneusement les feuilles. Les fragments végétaux restants peuvent se retrouver dans la pâte ; utilisez donc une maille, un tissu ou un filtre comparable.

Lors d’un essai, Hitotsuya a utilisé environ 30 g de chaux éteinte pour 20 L de liquide. Ce n’est qu’un exemple. La quantité nécessaire dépend des plantes, du liquide, de l’eau et de l’état de la chaux. Après agitation, notre repère pratique se situe autour de pH 10–11.

La chaux éteinte est peu soluble. Mélanger environ 30 g avec environ 300 mL d’eau dans un récipient séparé pour obtenir un lait de chaux blanc. L’ajouter progressivement au liquide en mouvement et observer la mousse, la couleur et le pH.

L’étude citée indique un meilleur rendement à pH 11,6 lorsque l’eau de chaux était ajoutée en une seule fois. Hitotsuya préfère ajouter la chaux en observant le liquide afin d’éviter l’excès. Les matériaux et le matériel différant, aucun chiffre ne constitue une règle universelle.

Un excès de chaux peut laisser davantage de matière blanche dans le dépôt et éclaircir la pâte. La chaux absorbe aussi le dioxyde de carbone de l’air ; conservez-la au sec dans un récipient fermé et vérifiez son état si le pH augmente difficilement.

※ Manipulation de la chaux éteinte

Consultez l’étiquette et la fiche de sécurité, puis portez des gants, des lunettes et un masque adapté. Évitez d’inhaler la poussière et tout contact avec les yeux ou la peau. Voir la fiche japonaise de sécurité de l’hydroxyde de calcium.

▼ Ajouter progressivement la chaux mélangée à l’eau

Ajout de chaux éteinte mélangée à l’eau dans le liquide de fermentation

4. Agiter en incorporant de l’air

Après l’ajout de chaux, agiter vigoureusement pour incorporer beaucoup d’air. Il s’agit davantage de soulever et reverser le liquide en le faisant mousser que de le remuer doucement.

La mousse, d’abord claire, devient progressivement bleue, tandis que la forte odeur diminue. Nous avons observé ce changement à plusieurs reprises.

▼ La mousse blanche devient bleue pendant l’agitation

La mousse blanche devient bleue pendant l’agitation du liquide d’indigo précipité

En poursuivant, la mousse bleue grossit puis disparaît rapidement. La durée varie selon le volume, la forme du récipient et la méthode. Observez couleur, taille et persistance de la mousse ainsi que l’évolution du liquide au lieu de compter un nombre fixe de mouvements.

▼ Arrêter lorsque la mousse bleue grossit puis disparaît vite

Mousse bleue indiquant la fin de l’agitation lors de la fabrication de l’indigo précipité

5. Laisser déposer le pigment bleu

Couvrir le récipient contre la poussière et le laisser immobile environ deux jours. Le pigment, principalement composé d’indigo, descend au fond et se sépare de l’eau.

Retirer le liquide clair supérieur sans remuer le dépôt et transférer si nécessaire dans un récipient réservé, clairement étiqueté. Éviter tout contenant pouvant être confondu avec de l’eau potable.

Nous appelons ici indigo précipité cette matière bleue encore riche en eau.

※ Élimination du liquide supérieur

Ce liquide peut rester alcalin. Vérifiez le pH et suivez les informations de sécurité ainsi que les règles locales d’élimination.

▼ Pigment bleu déposé au fond du récipient

Pigment bleu déposé au fond d’un récipient réservé à cet usage
Indigo précipité séparé entre liquide clair supérieur et dépôt bleu

Différence entre indigo précipité, pâte d’indigo et pain séché

Le sens précis et la teneur en eau associés à ces noms varient selon les régions, les époques et les artisans. Hitotsuya emploie les définitions pratiques suivantes.

  • Indigo précipité : pigment bleu obtenu par dépôt et contenant encore beaucoup d’eau
  • Pâte d’indigo : matière davantage égouttée, devenue boueuse ou pâteuse
  • Pain d’indigo séché : pâte encore déshydratée jusqu’à un état solide ou sec

D’autres régions et artisans peuvent utiliser les mêmes mots autrement.

▼ Pâte d’indigo après réduction de la teneur en eau

Pâte d’indigo après réduction de la teneur en eau

▼ Pain d’indigo après séchage supplémentaire

Pain d’indigo séché obtenu après retrait supplémentaire de l’eau

Réduire le pain sec au mortier facilite le dosage et la dispersion dans l’eau ou un liant. Le pigment ne se dissout pas mais reste en fines particules ; portez un masque et des lunettes pendant le broyage.

L’indigo contenu dans ces trois états n’est pas soluble dans l’eau. Pour teindre les fibres de façon habituelle, il faut le réduire dans une cuve alcaline afin de le rendre soluble.

Un exemple pratique est présenté dans notre article en japonais Teindre avec de la pâte d’indigo, de l’indigo précipité et des pains d’indigo dans une cuve à l’hydrosulfite.

Pour une utilisation en peinture ou en teinture pigmentaire, il faut un liant et une fixation adaptés.

Nous conservons aussi la pâte dans des récipients réservés et étiquetés, à l’abri du soleil et de la chaleur. Pendant le stockage, nous vérifions odeur, moisissure, séparation et pH et n’utilisons pas une matière présentant une anomalie.

Ajuster le procédé en observant l’indigo

Voici la méthode de base employée par Hitotsuya pour fabriquer indigo précipité, pâte d’indigo et pains séchés à partir d’indigotier du Japon.

Même avec les mêmes quantités, la saison de récolte, l’état des feuilles, les températures, le récipient, l’eau, la durée du trempage, la chaux, le pH et l’agitation changent le résultat.

Observez la couleur des feuilles, la viscosité, l’odeur, la mousse, le pH et le dépôt au lieu de suivre uniquement des chiffres. Hitotsuya poursuivra ses essais pour obtenir une matière plus profonde et plus facile à utiliser.

D’autres méthodes en japonais sont réunies dans Vidéos et recettes de teinture naturelle. Pour apprendre en pratique, consultez aussi les cours de teinture naturelle de Hitotsuya.